Huis clos carcéral

Haute surveillance de Jean Genet. Mise en scène de Cédric Gourmelon. Studio de la Comédie-Française à 18 h 30. Jusqu'au 29 octobre. Tél. : 01 44 58 98 58.

Sans doute faut-il un metteur en scène familiarisé avec l'œuvre de Genet pour monter Haute surveillance dans sa juste résonance. Cédric Gourmelon présente toutes les garanties puisqu'il a déjà travaillé sur Le Condamné à mort, Splendid's, le Funambule (et envisage de monter Les Paravents)… autant d'expériences qui lui permettent d'aborder la pièce, la première de l'auteur contrairement à ce que pensait Sartre, qui, dans son apparente simplicité se révèle être extrêmement riche sinon complexe. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Genet en a écrit pas moins d'une dizaine de versions, sensiblement différentes les unes des autres, la dernière en 1985 un an avant sa mort. Aura-t-il trouvé dans ses multiples moutures qui ont été réalisées sur une quarantaine d'années, celle qui lui convenait ? Remarquons simplement qu'à l'origine son œuvre s'intitulait Pour « la Belle », un titre jouant délibérément sur la polysémie du terme « la Belle » désignant le rêve de tout prisonnier de s'échapper et en même temps la femme, Ginette, toujours invisible, mais ô combien présente, objet de tous les fantasmes et de toutes les tractations des trois prisonniers enfermés dans une cellule de forteresse comme il est indiqué dans le texte. Tout se joue autour de cette figure entraperçue au parloir par les deux compagnons d'infortune de Yeux-Verts dont elle est la femme. Il s'agit bien de jeu comme ce sera souvent le cas dans les pièces à venir de l'auteur, un jeu entre fantasmagorie et tragique, le tout mené comme une cérémonie entre Yeux-Verts donc, auréolé de son statut de condamné à mort, Maurice le jeune délinquant amoureux de l'idole et Lefranc, le truand, lui aussi fasciné par Yeux-Verts. Ce dernier voudra accéder à la gloire du crime, celui qu'il commettra sur la personne de Maurice… Trois morts en sursis donc enfermés dans un espace clos, marqué dans la mise en scène de Cédric Gourmelon (la scénographie est signée par Mathieu Lorry-Dupuy) par un simple emplacement blanc sur le sol. Pas besoin de murs, il s'agit bien d'un espace mental atour duquel rôde le surveillant, Pierre-Louis Calixte. Cédric Gourmelon avec son trio d'acteurs, tous épatants dans leurs registres respectifs, Sébastien Pouderoux (Yeux-Verts), Jérémy Lopez (Lefranc) et Christophe Montenez (Maurice), trouve le juste tempo pour dérouler la très sensuelle cérémonie. Un travail fin et précis qui refuse l'esbroufe.

Jean-Pierre Han

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