De la confusion… révolutionnaire

Des Territoires (… d'une prison l'autre…) de Baptiste Amann. Mise en scène de l'auteur. Festival d'automne. Théâtre de la Bastille jusqu'au 25 novembre à 21 heures. Tél. : 01 43 57 42 14.

Pour qui, comme moi, n'avait pas encore vu le travail scénique de Baptiste Amann, mais en avait entendu parler dans les meilleurs termes, la déception à la découverte du deuxième volet de sa trilogie Des Territoires (…d'une prison l'autre…) est patente. C'est d'autant plus rageant que l'on s'accordera volontiers sur les réelles qualités du jeune homme, même s'il faut aller les chercher avec attention dans ce seul spectacle. Baptiste Amann n'a pas les moyens de son ambition et reste bien en deçà de ce qu'il prétend mettre au jour et dénoncer. Sa fable, l'histoire d'une fratrie de quatre enfants, trois garçons, une fille, qui, après avoir enterré leurs parents d'une manière peu traditionnelle (le récit est assez drôle et bien mené, ce ne sera, hélas, que feu de paille) se retrouvent enfermés dans leur pavillon de banlieue entouré de barres HLM, alors qu'une émeute fait rage au dehors. Trois autres personnages vont partager leur « réclusion », un pizzaiolo, Moussa (Yohann Pisiou) amoureux de la jeune fille de la maison, Lyn (Lyn Thibaut) et un certain Lahcen (Nailia Harzoune) tout juste sorti de prison, et enfin déboulant avec son sac à dos et sa tente Quechua comme un fantôme (qu'elle est), une dénommée Louise Michel (Anne-Sophie Sterck) qui va venir secouer ce petit monde folklorique (dans le sens où les personnages sont plutôt stéréotypés) pour tenter de les mener vers d'autres combats, prenant le parti des émeutiers du quartier. Le nom de ce dernier personnage est choisi à dessein puisqu'il permet de plonger et de faire la liaison avec l'Histoire, celle de la Commune en l'occurrence. Les personnages se muent en Élisée Reclus, Gustave Courbet, Élisabeth Dmitrieff… alors que justement le spectacle s'ouvrait avec la lecture d'une lettre (fictive) de Louise Michel à Théophile Ferré, condamné à mort et fusillé à Satory en 1871. L'idée de ces ruptures menant d'une époque à une autre est intéressante ; elle est mal exploitée et plutôt schématique. Tout comme les « discours » de ce beau petit monde auparavant que ce soit ceux des deux frères Hafiz (Solal Bouloudnine) et Samuel (Samuel Réhaut), le troisième, Benny (Olivier Veillon), lourdement handicapé après un accident de voiture, ne s'exprimant pratiquement plus… Ils sont tous bavards, quelque peu confus, bref pas grand chose pour réellement éclairer notre lanterne. Sur la banlieue Baptiste Amann ferait bien de se référer à Charles Robinson dont le dernier ouvrage, Fabrication de la guerre civile est un modèle du genre… Ici dans ses Territoires, tout au moins dans ce deuxième épisode, sa chronique sociale contemporaine ne parvient pas à éviter l'écueil des clichés et autres idées reçues. Le travail de plateau va dans le même sens et ne parvient pas à sortir le texte de son ornière. On attendra malgré tout patiemment le troisième volet de la trilogie…

Jean-Pierre Han

Les deux premiers volumes de la trilogie, Des territoires (Nous sifflerons la Marseillaise) et Des territoires …d'une prison l'autre…) ont été publiés dans les Tapuscrits de Théâtre Ouvert (10 euros le volume).

admin