Danse macabre

Le Malade imaginaire de Molière. Mise en scène de Michel Didym. Théâtre Dejazet. Jusqu'au 31 décembre à 20 h 45. Tél. : 01 48 87 52 55.

Avec la distribution qu'il a réussi à concocter pour son Malade imaginaire, sans aucune erreur et avec quelques propositions de prime abord surprenantes, mais qui se révèlent gagnantes, Michel Didym partait avec les meilleurs atouts. Excellente idée en effet que de confier le rôle-titre d'Argan, le malade, à André Marcon que l'on a guère l'habitude de voir dans ce registre, même s'il y a peu il s'est retrouvé dans un Feydeau monté par Georges Lavaudant… Port sérieux, voire sévère, presque hiératique à son habitude, André Marcon ne joue pas le rôle emmitouflé dans des falbalas, mais confère à son personnage une sorte de méchanceté qui le rend plus terriblement drôle et… dérisoire. C'est son angoisse brute, qu'il transpire. Face à lui Norah Krief, dans le rôle de la servante Toinette et qui, pour un peu, le lui disputerait pour ce qui concerne le rôle-titre de la pièce mène sa barque et l'intrigue avec l'autorité qui lui est coutumière et qui fait mouche à chaque fois (en tournée elle alterne avec Agnès Sourdillon – qui fut jadis une belle Agnès dans l'École des femmes mis en scène par Didier Bezace – ; œuvrant dans un autre registre elle doit s'y connaît sûrement aussi pour faire entendre raison au malade). Le reste de la distribution qu'il faudrait citer en son entier y va de bon cœur n'hésitant pas, comme Jeanne Lepers (Angélique), Jean-Marie Frin (Monsieur Diafoirus) Bruno Ricci (le fils Diafoirus) à faire dans la caricature loufoque avec en contrepoint le très sérieux et raisonneur Jean-Claude Durand (Béralde)… C'est bien vu, drôle et parfaitement efficace, avec cette descente en flamme de la médecine telle qu'elle était pratiquée à l'époque (on n'ose dire qu'elle l'est encore aujourd'hui dans certains secteurs). Une virulente critique que l'on trouvait déjà dans le Dom Juan huit ans auparavant et que l'on peut l'entendre en ce moment dans le spectacle de Marie-José Malis à Aubervilliers. Un écho bienvenu. Michel Didym qui, en tant que patient, a connu de près les hommes de l'art, avait sans doute aussi son mot à dire sur la question. Il le fait ici avec intelligence et doigté.

Jean-Pierre Han

admin