Un ''Macbeth'' sans mystère

Macbeth de William Shakespeare. Mise en scène de Stéphane Braunschweig. Odéon-Théâtre de l'Europe, jusqu'au 10 mars à 20 heures. Tél. : 01 44 85 40 40/ www.theatre-odeon.eu

Macbeth est sans doute l'une des pièces du répertoire qui se laisse le moins apprivoiser par ses différentes metteurs en scène. Une sorte de malédiction en somme. Que Stéphane Braunschweig n'aura pas réussi à conjurer, loin de là, même s'il a tout fait pour aller à contre-courant de l'ensemble des mises en scène qui ont été réalisées jusqu'à présent. Finis le bruit et la fureur, finie la quête obsessionnelle et presque irrationnelle du pouvoir dans une atmosphère étouffante, touffue et parfois confuse. Ici tout est clair, propre et net, même avec le sang dont sont couverts assassins et victimes. Froid en un mot. Avec la scénographie aux lignes rectilignes que Stéphane Braunschweig a comme toujours conçue lui-même, avec l'aide d'Alexandre de Dardel, les personnages se retrouvent dans une vaste cuisine, une arrière-salle du château des Macbeth, des coulisses où se trament les complots et les tueries à venir. Carreaux blancs et batterie de couteaux bien alignés sur le mur, prêts à l'usage. Cette fois-ci le metteur en scène-scénographe joue de la profondeur : avec des parois qui s'ouvrent sur une salle à manger-salle de conseil avec ses dorures où trône celui qui a le pouvoir. En profondeur encore, la fameuse forêt (bien immobile !) de la fin de la pièce… alors que l'avant-scène est le lieu neutre et dépouillé dévolu aux sorcières. Soit donc quatre plans bien distincts s'emboîtant les uns dans les autres. C'est néanmoins en amont que Stéphane Braunschweig dévoile son propos : avec Daniel Loayza, il s'est en effet occupé de la traduction et des nombreuses coupures, rendant le texte, séquence après séquence, d'une étonnante clarté et d'une réelle sécheresse. Et comme tout se joue en complets vestons et costumes d'aujourd'hui, on finit par avoir l'impression d'assister non plus à Macbeth, mais bel et bien à Ubu Roi tel qu'il avait été notamment revisité jadis par Antoine Vitez, c'est-à-dire à une volontaire parodie de la pièce originale… Que faire dans ces conditions ? On comprend bien que l'essentiel est axé sur le couple formé par Adama Diop et Chloé Réjon, deux excellents acteurs, qui s'en sortent ici comme ils le peuvent en s'éteignant au fil de la représentation, mal entourés par leurs partenaires qui assument si on peut dire, plusieurs rôles à la fois, comme Christophe Brault qui n'a hélas pas grand-chose à se mettre sous la dent. Les figures remplacent les personnages. Quant aux trois sorcières, dénuées de toute magie, mieux vaut les passer sous silence : leurs scènes n'est vraiment pas du registre de Stéphane Braunschweig.

Jean-Pierre Han

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