Sous le signe du silence

Le Fils de Jon Fosse. Mise en scène Étienne Pommeret. Spectacle créé à l'Échangeur de Bagnolet. Du 15 au 18 mai au Taps Scala à Strasbourg. Tél. : 03 88 34 10 36.



Les brumes du nord et tout particulièrement celles de Norvège qui étouffent les mots et les sentiments semblent convenir à merveille à Étienne Pommeret qui entretient avec l'œuvre de Jon Fosse une relation aussi étroite que forte depuis des années. Non content de s'affronter à la langue économe de l'auteur dans Dors mon petit enfant, Vivre dans le secret ou encore Kant, il est même allé voir du côté d'un des maîtres de Jon Fosse, Tarjei Vesaas dont il a monté un extrait de La Barque le soir, Tel que cela se trouve dans le souvenir. On remarquera au passage sa parenté de parcours avec Claude Régy ; rien d'étonnant à cela, Étienne Pommeret a toujours voué à son ancien professeur admiration et fidélité… et leurs trajectoires présentent quelques similitudes mais chacun, bien sûr, les arpente à sa manière. Avec Le Fils (que Régy a créé en France en 1999), Étienne Pommeret se retrouve en terrain de connaissance : il y est particulièrement à l'aise dans une sorte de tension apaisée et maîtrisée qui se fait jour dans le spectacle. Aussi bien dans la gestion des signes de l'ensemble de la représentation que dans son interprétation toute personnelle d'un des personnages, le voisin d'un couple, le dernier à demeurer dans un petit village dont la rue principale serpente dans l'obscurité vers l'infini ou le néant (c'est en tout cas ainsi qu'il est représenté dans une petite maquette conçue par Jean-Pierre Larroche disposée sur un côté de la scène comme pour rappeler en contrepoint avec le reste de la scénographie la réalité de la situation), dernières petites lumières trouant à peine l'obscurité ambiante… Lui et elle attendent plus ou moins leur fils (ils s'en inquiètent) qui n'a plus donné signe de vie depuis longtemps. Le voisin leur a bien raconté qu'il était en prison… rien n'est moins sûr, surtout venant de la part d'un vieux soulard, invétéré provocateur. L'homme qui scrute l'obscurité et la femme assise sur son canapé échangent quelques rares paroles où rien n'est vraiment dit ; c'est la trame de leur existence qui est ainsi tissée. Sharif Andoura et Sophie Rodrigues excellent à ce jeu de non-dits. Étonnant duo qui se transformera en quatuor lorsque le voisin revenu le soir de la ville dans le dernier et unique car avec le fils (Karim Marmet) rencontré par hasard, viendra leur rendre visite pour repartir très vite sans que rien n'ait été vraiment dit. C'est une belle et subtile partition trouée par de longs silences qu'Étienne Pommeret fait jouer à ses comédiens (tout en étant de la partie) qui rend justice à l'écriture ciselée de Jon Fosse comme toujours traduite par Terje Sinding. Sa direction d'acteurs est comme toujours fine et précise. Une belle et discrète réussite.

Jean-Pierre Han

Les pièces de Jon Fosse sont éditées chez l'Arche.

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