Un Ibsen d'aujourd’hui

Une maison de poupée librement inspiré de la pièce d’Henrik Ibsen. Mise en scène Lorraine Sagazan. Le Monfort jusqu’au 6 octobre à 20 heures 30. Tél. : 01 56 08 33 88. www. Montfort.fr

Lorraine de Sagazan a bien essayé de mettre en scène Une maison de poupée d’Henrik Ibsen, sans doute une des pièces les plus connues de l’auteur norvégien qui fit scandale à cause de son sujet bien sûr, mais surtout à cause de sa fin qui voit son personnage principal, Nora, décider de recouvrer sa liberté et de quitter son mari et ses enfants. Impensable dans la société de la fin du 19e siècle (Une maison de poupée fut créée en 1879) ; on demanda à l’auteur un peu partout où la pièce devait être représentée de couper ou de transformer cet épilogue, de faire en sorte justement que Nora ne claque pas la porte à son mari et à sa morale bien-pensante. Le sujet était sulfureux (passons sur les détails), il le demeure peut-être encore de nos jours. Plus assez cependant pour Lorraine de Sagazan qui après avoir travaillé sur la pièce d’Ibsen a fini par abandonner son projet le jugeant par trop éloigné de la réalité d’aujourd’hui. Pour lui rendre son sulfureux impact dans notre société d’aujourd’hui elle a donc décidé d’adapter Une maison de poupée au goût et aux nouvelles préoccupations du jour. C’est un spectacle « librement inspiré » de la pièce d’Ibsen qu’elle a proposé dès 2016, un spectacle à la fois fidèle à l’auteur et totalement éloigné dans la mesure où les rôles du mari et de la femme sont inversés. L’homme, Torvald Helmer, est chez Ibsen un avocat de renom, c’est désormais chez Lorraine de Sagazan un homme au foyer (il a perdu son emploi) qui s’occupe, entre autre, des enfants, joue de la guitare, compose de médiocres bluettes… alors que Nora, promue avocate à son tour, gagne l’argent du ménage et poursuit son ascension sociale. Un couple moderne, heureux peut-être, en phase avec son temps en tout cas, et c’est ce temps présent que Lorraine de Sagazan veut absolument saisir pour montrer sa part d’ombre car la société avec ses codes a beau avoir évolué, profondément les rapports de domination entre hommes et femmes demeurent. Seul l’habillage a changé : le résultat chez Ibsen et chez Lorraine de Sagazan sera donc le même, il aboutira à l’implosion du couple. Beau pari de la part de la metteuse en scène, mais qui ne tient pas totalement la route, même si elle adjoint plus ou moins habilement d’autres textes (Virgine Despentes, etc.) à celui d’Ibsen, et cela en partie à cause de la résolution scénique de son travail. Avec une scénographie qui commence à dater, que l’on retrouve dans tous les spectacles dits émergents : table au centre, cuisine dans un coin, avec frigo en évidence, désordre bien organisé, le tout dans la proximité du public disposé ici de manière tri-frontale, où les comédiens vont jouer à jouer pour de vrai, comme dans la vie (le naturel réaliste), improviser et interpeller les spectateurs, s’asseoir parmi eux… Malgré cette manière de faire horripilante, emmenés par Romain Cottard (Torvald) et Jeanne Favre (Nora) ils finissent tout de même par convaincre, mais la démonstration aura été tortueuse.

Jean-Pierre Han

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