Passion, dernier acte

L’Occupation d’après Annie Ernaux. Mise en scène de Pierre Pradinas. Théâtre de l’Œuvre jusqu’au 2 décembre à 19 heures. Tél. 01 44 53 88 88. www. theatredeloeuvre.fr

Si, à ma connaissance, Annie Ernaux n’a jamais directement œuvré pour le théâtre, en revanche ses écrits suscitent de plus en plus d’intérêt auprès des metteurs en scène et de leurs interprètes. En la matière Jeanne Champagne fait figure de pionnière depuis des années au point qu’une véritable complicité s’est nouée entre les deux femmes. On se souvient encore, notamment, de son travail évoquant une Passion simple (celle d’une femme pour son amant). D’une certaine manière l’Occupation mise en scène par Pierre Pradinas en est comme la suite (et la fin) ; c’est l’ultime chapitre de Passion simple, même si elle a fait l’objet d’une publication particulière. Finement interprété par Romane Bohringer soutenue par le musicien Christophe « Disco » Minck, le texte raconte de manière directe, comme toujours chez Annie Ernaux, la « passion » détournée d’une femme au mitan de sa vie pour son amant qu’elle vient de quitter. Douloureuse séparation ? Elle le devient inéluctablement dès lors qu’elle apprend que l’homme fréquente désormais une autre femme. Commence alors le cycle d’une autre « passion », détournée celle-là, celle de la jalousie. Cette « autre », inconnue, vient la hanter, habiter ses jours et ses nuits ; la voilà totalement « occupée », corps et âme a-t-on envie d’ajouter. Dans la volonté suprême de l’envisager, de la dévisager, de lui donner corps. Un récit aux mots simples et ciselés dont s’empare avec une sorte de froide jouissance Romane Bohringer qui joue en virtuose de la gamme de tous les sentiments qui la traversent. L’occupation c’est le passage obligé, la dernière étape ou l’ultime sursaut avant la définitive séparation d’avec l’être autrefois aimé. Il y a là comme quelque chose de l’ordre d’une beauté simple. C’est suffisamment rare pour être noté ; l’écriture d’Annie Ernaux offre cette opportunité. Romane Bohringer sous la direction de Pierre Pradinas lui rend justice.

Jean-Pierre Han

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