Réflexion théâtrale déjantée ; vraiment ?

Saison 1 écrit et conçu par Florence Minder. Théâtre de la Bastille jusqu’au 20 décembre à 20 heures. Tél. 01 43 57 42 14 ; www. theatre-bastille.com

Alors que tout le monde, plus ou moins ouvertement – plutôt moins, et avec plus ou moins de bonheur, plutôt moins là aussi – s’aligne sur la dynamique, voire le contenu des séries télé, Florence Minder, elle, n’y va pas par quatre chemins : elle s’y colle avec impétuosité et délice et décide de nous en faire part ouvertement. Une manière comme une autre d’opérer un vrai travail de déconstruction, comme on dit aujourd’hui un peu à tort et à travers. Voilà qui donne un spectacle très jouissif qui semble brinquebaler de ci delà, mais qui, au final, s’avère construit avec intelligence et même rigueur. Construit en trois épisodes, cette Saison 1 (le chiffre nous en promet donc d’autres, ce que nous espérons), le spectacle, car spectacle il y a, nous emporte – c’est bien le terme – là où Florence Minder, interprète principale, entend nous mener, et peut-être même au-delà. Critique cinglante des séries télé, avec ses codes et ses tics, jouant de l’ambiguë relation (théâtrale), du réel (dont on nous rebat les oreilles au théâtre justement) et de la fiction, elle se lance durant plus d’une heure, seule en scène, assise à sa table, et en complicité jamais appuyée avec le public, dans un monologue aussi loufoque que captivant. C’est d’une drôlerie éblouissante, en même temps que l’on sera obligé de constater que quelle soit la loufoquerie du propos – avec moult clins d’œil – on reste quand même et malgré tout accroché au développement de la fiction… Beau et désespérant retournement de situation mené de main de maître par Florence Minder qui, en tant que comédienne, nous offre un véritable récital. Cet épisode presque évacué – il a été donné seul comme à Avignon cet été – les chapitres deux et trois prolongent avec subtilité le propos avec l’apparition de Sophie Sénécaud dans le deuxième mouvement, puis du danseur Pascal Merighi dans le troisième, tout deux à la hauteur du talent de leur camarade. Ainsi va le spectacle vers un autre univers, une autre réflexion dans laquelle la parole arrive à épuisement et passe le relais à la matérialité corporelle. Un beau moment de respiration finale. Bien vu, en attendant la suite des événements.

Jean-Pierre Han

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