Aller simple vers la mort

Bamako-Paris de Ian Soliane. Mise en scène de Cécile Cotté. Anis Gras jusqu’au 9 février à 19 h 30 et à 14 h 30. Tél. : 01 49 12 03 29. Puis Théâtre de Chelles, le 19 février à 19 h 30.

Le fait divers est connu : à Bamako un jeune malien se cache dans le logement du train d’atterrissage d’un Airbus en partance pour Paris. Aucune chance de s’en sortir bien évidemment. À l’approche de l’atterrissage, épuisé – c’est déjà un exploit s’il a tenu jusque-là –, au moment où la soute s’ouvre, à 700 mètres de hauteur, il lâche prise et se plante de 30 centimètres dans la Terre. Le spectacle que Cécile Cotté a tiré de la pièce Bamako-Paris de Ian Soliane, jusqu’alors connu comme romancier, s’ouvre sur la vision du cadavre du jeune Malien, Ibou, allongé sur la table de la morgue. Un médecin légiste avec son interne à ses côtés et la présence du policier qui a découvert le cadavre, l’autopsie méticuleusement. L’intelligence de Ian Soliane – même si le procédé n’est pas une nouveauté dans ce genre de récit théâtral – est d’entrecouper l’auscultation minutieuse du médecin dialoguant avec le policier, de séquences où le jeune Ibou évoque sa vie. Le jeune homme s’élève alors sur la grande échelle qui sert de décor (belle idée d’Emma Depoid), et se raconte, dit ses rêves de cette existence qu’il touche déjà du doigt : « Allongé sur le flanc je regarde le sol à travers les nuages/Ne pas regarder en bas/Je ne suis pas fou/Je n’ai aucun désir de mort »… Au fil de la trajectoire douloureuse, difficilement supportable, qui le mène vers Paris, Ibou nous dit tout, sans fard ni pathos, de la situation de son pays : un constat terrifiant, car c’est bien tout cela que balaye le spectacle, l’infâme discours de Bamako prononcé par Sarkozy inclus. Toute la problématique de l’immigration est posée, sans fioriture, sans dolorisme de mauvais aloi. Les comédiens sous la houlette de Cécile Cotté, prennent en charge avec rigueur la langue dépouillée de Ian Soliane. En médecin légiste, Cyril Hériard Dubreuil est parfait, tout comme Valérie Diome (l’interne) et Roberto Jean (le policier). C’est une judicieuse idée que d’avoir confié le rôle du clandestin malien à Jonathan Manzambi : corps massif et souple tout à la fois, il déborde de vie et transmet son énergie à l’ensemble du plateau. Cette histoire de mort du jeune malien qui « fonce vers la vie » est paradoxalement un hymne à la vie réglé sans inutile fioriture par Cécile Cotté.

Jean-Pierre Han

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